Résumé par IA
La Commission européenne a adopté le 16 juillet 2026 deux décisions contraignantes imposant à Google d'ouvrir Android aux assistants IA concurrents et de partager ses données Search anonymisées avec ses rivaux, mesures effectives respectivement en juillet 2027 et janvier 2027. Ces actions s'ajoutent à une enquête antitrust ouverte en décembre 2025 sur l'utilisation des contenus d'éditeurs par AI Overviews et AI Mode, l'ensemble visant à prévenir la reproduction de la domination de Google dans le domaine de la recherche vers l'IA. Ces trois fronts offensifs pourraient exposer Google à des amendes atteignant 10 % de son chiffre d'affaires annuel mondial, tandis que l'entreprise conteste ces mesures en arguant qu'elles affaiblissent les protections de confidentialité et risquent de freiner l'innovation.
Le 16 juillet 2026, la Commission européenne a adopté deux décisions contraignantes sous le Digital Markets Act : Google devra ouvrir les fonctionnalités clés d’Android aux assistants IA concurrents de Gemini, et partager ses données Search anonymisées avec ses rivaux. Ces mesures s’ajoutent à l’enquête antitrust ouverte en décembre 2025 sur l’usage des contenus d’éditeurs par AI Overviews et AI Mode. Pris séparément, chacun de ces dossiers ferait déjà l’actualité. Pris ensemble, ils racontent autre chose : l’Europe redessine méthodiquement le terrain de jeu de la recherche et des assistants IA. Et ce terrain concerne directement les marques e-commerce.
Trois fronts, une même offensive
La pression européenne sur Google avance sur trois dossiers distincts, avec des instruments juridiques différents mais une logique commune : empêcher que la domination acquise dans la recherche ne se reproduise mécaniquement dans l’ère des réponses IA.
Front 1 : Android doit s’ouvrir aux assistants IA concurrents
Aujourd’hui, Gemini bénéficie d’un statut à part sur Android : activation vocale, accès au contexte de l’écran, capacité à agir dans les applications. Les assistants concurrents n’ont qu’un accès restreint à ces fonctionnalités. La première décision du 16 juillet, prise au titre de l’article 6(7) du DMA, impose à Google d’accorder aux assistants IA tiers un accès équivalent. Concrètement, un utilisateur pourra définir son assistant préféré, l’activer à la voix comme il le fait avec « Hey Google », et le laisser effectuer des actions dans ses apps : réserver un taxi, commander un repas, envoyer un message. Ces changements devront être effectifs pour les utilisateurs au plus tard en juillet 2027, sur un parc qui représente 6 smartphones européens sur 10.
Front 2 : les données Search partagées avec les rivaux
Google Search détient environ 90 % du marché de la recherche en Europe, et les données d’usage qu’il collecte à cette échelle (requêtes, classements, clics, vues) sont introuvables ailleurs. La seconde décision, prise au titre de l’article 6(11), oblige Google à partager ces données, une fois anonymisées, avec les moteurs de recherche concurrents et, point notable, avec les chatbots IA dotés de fonctions de recherche. La Commission a défini une anonymisation multicouche, une formule de tarification équitable et un processus d’accès transparent. Le partage démarre en janvier 2027.
Front 3 : l’enquête antitrust sur AI Overviews et AI Mode
Ce troisième dossier est le plus ancien et le plus conflictuel. Depuis le 9 décembre 2025, la Commission enquête sur un possible abus de position dominante : Google utiliserait les contenus des éditeurs web pour générer AI Overviews et AI Mode sans compensation appropriée, et sans que les éditeurs puissent refuser cet usage autrement qu’en renonçant à leur visibilité dans Search. L’usage des vidéos YouTube pour entraîner ses modèles fait aussi partie du périmètre. Le European Publishers Council a renforcé le dossier en février 2026 avec sa propre plainte formelle : contenus utilisés sans autorisation, sans opt-out effectif, sans rémunération, avec à la clé une captation de trafic et de revenus. Sur chacun de ces fronts, l’amende encourue peut atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial d’Alphabet.
Ce que Google répond
Google conteste sur toute la ligne, avec deux registres d’argumentation. Sur l’enquête AI Overviews, l’entreprise juge que ces plaintes risquent de freiner l’innovation sur un marché qu’elle décrit comme plus concurrentiel que jamais. Sur les décisions DMA, Kent Walker, son président des affaires internationales, estime qu’elles affaiblissent les garde-fous de confidentialité et de sécurité : sur Android, l’ouverture imposée accorderait à des apps tierces des permissions sensibles sans les protections actuelles ; sur Search, ses chercheurs affirment avoir réidentifié des individus dans des simulations de partage anonymisé. La Commission maintient que ses décisions intègrent des protections robustes, dont le regroupement des utilisateurs par cohortes d’au moins 1 000 personnes et la suppression des enregistrements sensibles. Le débat juridique se poursuivra. Les échéances, elles, sont posées.
La lecture stratégique : un paysage de réponses IA moins concentré
Mis bout à bout, les trois dossiers dessinent une politique cohérente : l’Europe limite ce que Google peut prélever (les contenus des éditeurs, sans accord) et impose ce qu’il doit ouvrir (ses fonctionnalités Android et ses données Search). Le résultat probable, quel que soit le rythme des recours, est un paysage où les intentions d’achat se répartissent entre davantage d’acteurs.
Côté distribution, l’assistant qui entend « trouve-moi une veste imperméable pour ce week-end » sur un téléphone européen pourra, à partir de juillet 2027, être ChatGPT, Perplexity, Le Chat de Mistral ou un nouvel entrant, avec la capacité d’agir dans les apps. Ce mouvement d’ouverture rejoint celui que nous observions côté plateformes publicitaires dans notre analyse des AI Connectors de Meta et de l’ouverture des API aux IA externes. Côté pertinence, les moteurs et chatbots rivaux, nourris par les données de requêtes et de clics de Google, vont améliorer leurs réponses, y compris commerciales. Et côté sources, l’issue de l’enquête AI Overviews peut restreindre l’accès de Google aux contenus éditoriaux, par des opt-outs effectifs ou des licences, ce qui augmenterait mécaniquement le poids relatif des sources qui restent pleinement accessibles dans les réponses IA.
Ce basculement arrive au moment précis où les fonctionnalités IA de Google s’installent en France, avec un déploiement d’AI Mode confirmé d’ici le 23 septembre 2026, que nous avons décrypté dans notre article sur l’arrivée d’AI Overviews en France et ses opportunités pour les retailers. Le calendrier réglementaire et le calendrier produit se superposent : c’est rare, et c’est une fenêtre.
Pourquoi l’e-commerce est du bon côté de la table
Une lecture rapide de ce feuilleton pourrait inquiéter : si les contenus qui alimentent les réponses IA font l’objet d’un contentieux, toute présence dans ces réponses serait-elle fragile ? La réalité est plus favorable aux marchands. Le litige porte sur du contenu éditorial collecté par crawl, sans contrat explicite sur son usage génératif. La donnée produit emprunte un tout autre canal : le flux Google Merchant Center, transmis volontairement, structuré attribut par attribut, et régi par des conditions acceptées. Les éditeurs se battent pour ne plus être ingérés sans accord. Les marchands, eux, envoient leurs données précisément pour être repris.
Ce canal consenti est devenu l’infrastructure des réponses shopping, bien au-delà de Google. ChatGPT s’appuie sur les flux Merchant Center pour ses recommandations produit, un mécanisme que nous détaillons dans notre article sur le rôle du flux produit dans la visibilité IA de ChatGPT. Et les assistants capables d’agir dans les apps auront besoin de standards transactionnels, ceux que nous décrivions dans notre analyse d’Universal Cart, UCP et AP2 pour le commerce agentique. Autrement dit, tous les prétendants au marché des réponses partagent une même dépendance : des données produit fiables, structurées et à jour. La stratégie robuste ne consiste pas à parier sur le vainqueur de la guerre des assistants, mais à rendre votre catalogue lisible par chacun d’eux.
Comment se préparer d’ici 2027
- Traitez votre flux produit comme une interface universelle. Attributs complets, GTIN fiables, descriptions riches, prix et stocks synchronisés : c’est ce que liront tous les assistants, quel que soit leur écosystème. Un outil d’optimisation de flux comme Feed Enrich permet d’industrialiser ce niveau d’exigence sur l’ensemble du catalogue.
- Étendez votre GEO au-delà de Google. Les critères qui rendent un contenu citable par les moteurs génératifs valent pour tous les assistants qui gagneront en visibilité grâce au DMA. Notre guide complet du GEO (Generative Engine Optimization) en détaille les fondamentaux.
- Établissez votre baseline de visibilité IA maintenant. Mesurer sa présence dans les réponses des différents assistants avant les échéances de 2027 permettra de piloter la suite. L’Agentic Commerce Index 2026 le montre : 8 e-commerçants français sur 10 sont encore invisibles aux agents IA.
- Suivez le feuilleton réglementaire sans en faire un motif d’attentisme. Recours de Google, remèdes de l’enquête AI Overviews, modalités du partage de données : les paramètres bougeront. La conclusion opérationnelle, elle, ne bouge pas : plus une marque contrôle ses propres signaux, moins elle dépend des arbitrages entre Google et ses régulateurs.
Ce qu’il faut retenir
- Le 16 juillet 2026, l’Europe a imposé à Google d’ouvrir Android aux assistants IA concurrents (d’ici juillet 2027) et de partager ses données Search anonymisées avec ses rivaux (dès janvier 2027).
- En parallèle, l’enquête antitrust ouverte en décembre 2025 sur l’usage des contenus d’éditeurs par AI Overviews et AI Mode suit son cours, renforcée par la plainte du European Publishers Council.
- L’Europe limite ce que Google peut prélever et impose ce qu’il doit ouvrir : le paysage des réponses IA devient moins concentré.
- La donnée produit transite par un canal consenti (Google Merchant Center) qui n’est visé par aucun de ces dossiers : elle reste le dénominateur commun de tous les assistants.
- La fenêtre de préparation est ouverte : flux irréprochable, GEO étendu et baseline de visibilité IA avant les échéances de 2027.
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Cet article a une vocation d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique.
FAQ : l’offensive européenne contre Google et l’e-commerce
Que vient de décider la Commission européenne concernant Google ?
Le 16 juillet 2026, la Commission a adopté deux décisions de spécification contraignantes sous le Digital Markets Act. La première impose à Google d’accorder aux assistants IA tiers le même accès aux fonctionnalités d’Android que Gemini, avec des changements effectifs pour les utilisateurs d’ici juillet 2027. La seconde l’oblige à partager ses données Search anonymisées (requêtes, ranking, clics, vues) avec les moteurs de recherche et chatbots IA concurrents à partir de janvier 2027.
Quel est le lien avec l’enquête sur les AI Overviews ?
Ce sont des dossiers juridiquement distincts mais complémentaires. L’enquête antitrust ouverte le 9 décembre 2025 porte sur l’usage des contenus d’éditeurs web et de vidéos YouTube par AI Overviews, AI Mode et l’entraînement des modèles de Google, sans compensation appropriée. Les décisions DMA du 16 juillet 2026 imposent de leur côté l’ouverture d’Android et le partage des données Search. Ensemble, ces dossiers limitent ce que Google peut prélever et imposent ce qu’il doit ouvrir.
Quel est l’impact pour les marques e-commerce ?
Ces mesures multiplient les assistants IA capables de répondre aux requêtes shopping et d’agir dans les apps, améliorent la pertinence des moteurs rivaux grâce aux données partagées, et peuvent rééquilibrer le mix de sources des réponses IA. La visibilité des marques devient multi-assistants. Le levier commun à tous ces systèmes est la qualité de la donnée produit structurée et des contenus citables.
La donnée produit des marchands est-elle concernée par ces contentieux ?
Non. Les dossiers portent sur les contenus éditoriaux collectés par crawl et sur les obligations d’ouverture de Google. La donnée produit transite par Google Merchant Center, un canal volontaire et contractuel qui n’est visé par aucune de ces procédures et que les assistants IA, y compris ChatGPT, utilisent déjà pour leurs recommandations.
Que risque Google ?
Sur chacun de ces dossiers, une infraction avérée expose Alphabet à une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires annuel mondial. La Commission peut aussi imposer des mesures correctives, comme des mécanismes d’opt-out effectifs pour les éditeurs ou des ajustements des modalités d’ouverture.
