E-commerce

Google Universal Commerce Protocol (UCP) : comprendre la révolution du commerce sans clic et ses enjeux pour les e-commerçants

Depuis 2025, la recherche en ligne se transforme en un acte d’achat « sans clic ». OpenAI a lancé Instant Checkout en septembre 2025 : les utilisateurs de ChatGPT peuvent acheter des produits d’Etsy (et bientôt Shopify) directement dans la conversation, le paiement étant géré par Stripe, tout en conservant le marchand comme vendeur de référence. En réponse, Google a présenté en janvier 2026 une série d’outils de commerce agentique pilotés par son modèle Gemini : Business Agent, Direct Offers et surtout l’Universal Commerce Protocol (UCP), un standard ouvert codéveloppé avec Shopify, Etsy, Target, Walmart et soutenu par plus de vingt partenaires (Paypal, Mastercard, Carrefours, Zalando, Shopee, Sephora, etc). Cette course souligne un changement majeur : en 2026, une part croissante des achats sera effectuée par des agents conversationnels capables de découvrir, comparer et payer à la place du client.

Ce guide explore le fonctionnement de UCP, compare cette initiative à l’Instant Checkout d’OpenAI et analyse les opportunités et les risques pour les e‑commerçants en 2026. Il s’appuie sur des sources officielles (Google, Stripe) et des études récentes pour fournir une vision claire et concrète.

1. Qu’est‑ce que le Universal Commerce Protocol ?

UCP est un protocole open‑source qui établit un langage commun pour les agents, les plateformes et les marchands. Son objectif est de transformer les expériences de commerce en permettant aux utilisateurs de passer du repérage à l’achat sans quitter l’interface d’IA. Les caractéristiques clés sont :

  • Standard ouvert et coopératif : UCP a été conçu par Google en collaboration avec des leaders du secteur (Shopify, Etsy, Wayfair, Target, Walmart) et approuvé par plus de vingt acteurs (Adyen, Visa, etc.). Le protocole est publié sous licence open source pour encourager la contribution de la communauté.
  • Langage et blocs de construction unifiés : UCP définit des primitives pour la découverte de produits, la création de panier, le calcul des taxes et des remises, la gestion des commandes et les services post‑achat. Grâce à cette normalisation, toutes les interfaces (chat, recherche, assistants vocaux) peuvent dialoguer avec les systèmes marchands via un point d’intégration unique, réduisant la complexité « N×N » des intégrations.
  • Compatibilité avec les protocoles existants : UCP s’appuie sur des standards industriels comme REST et JSON‑RPC, et prend en charge l’Agent Payments Protocol (AP2), l’Agent2Agent (A2A) et le Model Context Protocol (MCP). Il peut ainsi fonctionner avec différents moyens de transport (API, A2A, MCP) selon les besoins de la plateforme.
  • Souveraineté des marchands : Contrairement à un système de marketplace, UCP garantit que le marchand reste vendeur de référence et conserve ses règles métiers, ses prix et la relation client. Google fournit la couche transactionnelle mais ne devient pas détaillant. Cette architecture protège les données et permet des expériences d’achat personnalisées.
  • Sécurité et confidentialité : Les paiements sont tokenisés (via AP2) et chaque autorisation est accompagnée d’une preuve cryptographique de consentement. UCP sépare l’instrument de paiement (carte, portefeuille) du gestionnaire de paiement, offrant un écosystème ouvert où les utilisateurs peuvent choisir leur méthode.
  • Extensibilité : Le protocole est modulaire. Les capacités (checkout, identité, gestion des commandes) peuvent être étendues par des extensions pour les remises, la fidélité ou les abonnements. Cette conception permet d’ajouter de nouvelles verticales sans refondre l’intégration.

Fonctionnement général

Les agents d’IA utilisent UCP en trois étapes : 1) découvrir les marchands et leurs capacités via un fichier /.well‑known/ucp (services disponibles, options de paiement, extensions) ; 2) négocier les capacités à activer (ex. checkout basique, application de coupons, utilisation de points de fidélité) ; 3) exécuter la transaction en créant une session de panier, ajoutant des articles, appliquant les remises et finalisant le paiement. Cette approche standardisée facilite l’interopérabilité entre différents agents et marchands, et permet de gérer la totalité du cycle d’achat (découverte, calcul des prix, paiement, suivi et retours).

2. Instant Checkout et l’Agentic Commerce Protocol (OpenAI)

Avant Google, OpenAI et Stripe ont lancé Instant Checkout et l’Agentic Commerce Protocol (ACP) en septembre 2025. Cette solution permet d’acheter des produits directement dans ChatGPT, en commençant par les vendeurs d’Etsy et en s’étendant aux marchands Shopify. Le paiement est sécurisé par Stripe qui émet un jeton de paiement partagé pour finaliser la transaction.

L’ACP et l’UCP poursuivent un objectif commun : permettre l’achat de produits directement au sein d’interfaces d’intelligence artificielle. En revanche, leur architecture et leur philosophie diffèrent nettement.

L’UCP de Google repose sur une approche décentralisée et orientée écosystème. Il s’appuie sur des protocoles ouverts et encourage la participation directe des partenaires. Les marchands peuvent publier eux-mêmes leurs capacités et services, qui sont ensuite découverts par les assistants via ces profils publics. Côté paiement, l’UCP adopte une logique agnostique : il est compatible avec plusieurs acteurs du marché (Stripe, Adyen, Visa, etc.) et s’appuie sur un mécanisme de tokenisation via AP2. Son déploiement débute sur les surfaces Google, notamment l’AI Mode dans Search et l’application Gemini, avec une extension prévue vers d’autres assistants. Dans ce modèle, les marchands restent pleinement vendeurs de référence : ils conservent leur logique métier, la relation client et le contrôle opérationnel.

À l’inverse, l’ACP d’OpenAI suit une approche centralisée. La découverte des marchands est pilotée par OpenAI, via une liste centralisée, et l’intégration des paiements est étroitement liée à Stripe, au travers d’un protocole propriétaire. L’ACP est aujourd’hui pensé pour fonctionner principalement au sein de ChatGPT, avec une ouverture potentielle vers d’autres assistants supportés par OpenAI. Si les marchands gardent la main sur leurs politiques de prix, OpenAI orchestre le flux transactionnel et collecte une partie significative des données liées aux interactions et aux achats.

En résumé, l’UCP privilégie un modèle ouvert, interopérable et marchand-centric, tandis que l’ACP mise sur une expérience plus intégrée, centralisée et contrôlée par la plateforme.

3. Avantages du UCP pour les e‑commerçants

Adopter UCP offre plusieurs bénéfices, tant sur le plan opérationnel que marketing :

  1. Intégration simplifiée et portée élargie : un seul point d’intégration permet d’apparaître sur plusieurs interfaces (Search AI Mode, Gemini et futurs assistants). Google souligne que le protocole élimine la complexité « N×N » en créant un langage commun pour la découverte de produits et la gestion des commandes. Les retailers comme Carrefour et Sephora ont déjà annoncé leur participation, signalant une adoption internationale.
  2. Contrôle et propriété des données : le marchand reste vendeur de référence et garde ses règles métiers, ses prix et ses données clients. UCP ne transforme pas Google en revendeur ; l’entreprise fournit uniquement la couche transactionnelle.
  3. Réduction des frictions d’achat : grâce à la tokenisation des paiements (Google Pay, PayPal) et à une expérience fluide, les clients peuvent acheter en quelques clics. Cette facilité réduit les abandons de panier et peut améliorer les conversions.
  4. Standard ouvert et extensible : UCP est compatible avec d’autres protocoles (AP2, A2A, MCP) et autorise des extensions pour les remises ou la fidélité. Les développeurs peuvent adapter l’architecture à leurs besoins sans dépendre d’un fournisseur.
  5. Visibilité accrue dans l’écosystème d’IA : Google a lancé Business Agent, un assistant de marque sur Search où les consommateurs peuvent poser des questions, recevoir des recommandations et, à terme, acheter directement. Cette présence améliore la notoriété et offre un canal de service client piloté par l’IA. De plus, le format Direct Offers permettra de proposer des promotions contextuelles (remises, bundles, livraison gratuite) aux clients prêts à acheter.
  6. Sécurité et conformité : UCP repose sur OAuth 2.0 pour l’authentification et sur le protocole AP2 pour le paiement sécurisé. Chaque autorisation est accompagnée d’une preuve cryptographique, garantissant que l’agent n’agit qu’avec le consentement explicite de l’utilisateur. Les marchands peuvent ainsi se conformer aux exigences du RGPD et aux lois sur la protection des données.

4. Limites et risques du UCP

Malgré ses avantages, l’adoption d’UCP comporte des défis que les e‑commerçants doivent anticiper :

  • Perte de trafic vers le site : l’achat se déroule dans l’interface Google ou Gemini. Le client ne visite plus le site, ce qui réduit l’exposition à l’univers de marque et aux ventes additionnelles. La Westminster Pimlico News et des blogs spécialisés ont signalé que cette approche entraîne « moins de visites de site, mais un trafic plus intentionné ». Les programmes de retargeting ou de panier multi‑articles deviennent difficiles, ce qui aplatit la valeur moyenne des commandes.
  • Désintermédiation de la relation client : même si le marchand garde la propriété de la transaction, la relation est gérée par Google. Cela peut limiter la capacité à collecter des insights comportementaux et à fidéliser.
  • Dépendance accrue envers l’écosystème Google : UCP repose sur les algorithmes de classement et les règles de Google. Les marchands risquent d’être dépendants de cette plateforme, avec des frais potentiels et une visibilité incertaine. Des analystes notent que les marchands devront diversifier leurs canaux pour éviter une dépendance exclusive.
  • Complexité opérationnelle et logistique : UCP nécessite des flux de données en temps réel sur les stocks, les prix et les délais de livraison. Toute incohérence peut entraîner des déclassements par les algorithmes. Les marchands doivent investir dans des systèmes ERP intégrés et des pipelines d’actualisation rapide des données.
  • Réglementation et vie privée : l’intégration de l’IA dans les transactions soulève des questions de protection des données. Les entreprises européennes devront se conformer au RGPD et aux obligations de transparence. Les modèles d’IA doivent rester interprétables pour éviter les biais et respecter les droits des consommateurs.
  • Immaturité du modèle : l’agentic commerce en est encore à ses débuts. Les études montrent que 39 % des consommateurs américains utilisent déjà un assistant d’achat, mais les taux de conversion restent inférieurs de 86 % aux canaux traditionnels. De plus, une expérience de mauvaise qualité (produit incorrect, trop d’offres) peut détériorer la confiance et entraîner l’abandon du service.

5. Enjeux 2026 : tendances et projections

Croissance de l’agentic commerce

Le marché de l’agentic commerce connaît une forte croissance. Selon des estimations compilées par ALM Corp, ce modèle pourrait générer 190 à 385 milliards de dollars de dépenses e‑commerce aux États‑Unis d’ici 2030, soit 10 à 20 % du marché, et représenter 3 à 5 billions de dollars dans le monde. Parallèlement, 76 % des consommateurs souhaitent un assistant d’achat IA et 39 % des acheteurs américains utilisent déjà des assistants pour la recherche de produits. Ce contexte stimule l’intérêt pour les protocoles ouverts comme UCP.

Adoption par les retailers

De grandes enseignes se positionnent : Carrefour et Sephora participent au lancement, tandis que des groupes américains (Best Buy, Kroger, Macy’s) soutiennent officiellement UCP. L’absence d’Amazon, qui privilégie son assistant Rufus, souligne que la compétition reste ouverte. La plupart des marchands passeront par Google Merchant Center ou par une solution clé en main comme Shopify pour intégrer leurs produits.

Évolution du marketing et du SEO

L’avènement des IA génératives bouleverse le marketing :

  • Diminution des clics et importance de la visibilité dans l’IA : des analyses montrent qu’après l’arrivée des AI Overviews de Google, certaines industries ont vu une baisse de 89 % des taux de clic et que 58 % des recherches se terminent sans clic. Les marques doivent donc chercher des sources alternatives de visibilité, notamment via les réponses générées par l’IA et les agents conversationnels.
  • Nouveaux formats payants : Google teste Direct Offers, des promotions contextuelles affichées lorsque l’IA détecte une intention d’achat. Ce format transformera la publicité en offre personnalisée plutôt qu’en simple lien sponsorisé.
  • Richesse des données structurées : le succès dans l’AI Mode dépend fortement de la qualité des flux produits. Google introduit des dizaines de nouveaux attributs dans Merchant Center (réponses aux questions fréquentes, accessoires compatibles, produits de substitution). Les marchands doivent enrichir leurs fiches produits avec des descriptions détaillées et un balisage schema.org complet pour améliorer leur « AI rank ». L’optimisation doit viser autant les agents que les humains (GEO : Generative Engine Optimization).
  • Mesure et attribution : l’attribution dernier clic perd de son importance. Il devient nécessaire de suivre la visibilité dans les workflows des agents (mentions dans les réponses d’IA, positions dans les suggestions) plutôt que de se concentrer uniquement sur les sessions de site web.

Prévisions pour 2026

Les analystes prévoient que l’agentic commerce pourrait capturer entre 10 et 20 % du marché e‑commerce américain d’ici la fin de la décennie. Les technologies de réponse conversationnelle vont s’améliorer et intégrer des programmes de fidélité, des offres personnalisées et des retours simplifiés. Toutefois, l’écosystème reste fragmenté : OpenAI poursuit son propre protocole, Amazon développe ses assistants, et de nouveaux entrants (Microsoft, Anthropic) proposeront des alternatives. Les e‑commerçants devront donc naviguer entre plusieurs standards tout en protégeant leur indépendance.

Conclusion

Le Universal Commerce Protocol marque le début d’une nouvelle ère du commerce, où des agents d’IA pilotent la découverte et l’achat de produits. En 2026, cette évolution crée autant d’opportunités que de risques : les e‑commerçants peuvent toucher de nouveaux clients et réduire les frictions d’achat, mais ils doivent accepter une perte de trafic direct et une dépendance accrue aux plateformes d’IA. La clé réside dans la préparation : enrichir ses données, diversifier ses canaux, adopter les protocoles ouverts tout en gardant la maîtrise de sa relation client. L’avenir du e‑commerce se jouera sur la capacité des marques à collaborer avec ces nouveaux agents tout en préservant leur identité et leur souveraineté.

Ecrit par

Yann Tran

Continuez votre lecture

E-commerce

Google UCP & OpenAI ACP : checklist 2026 pour être prêt au commerce agentic

E-commerce

Google Universal Commerce Protocol (UCP) : comprendre la révolution du commerce sans clic et ses enjeux pour les e-commerçants

AI

Contenus générés par l’IA en e-commerce : quelles obligations légales et quels impacts business - version 2026